Accueil    Autres Revues                                            

cliquer sur  Textes disponibles en français

Article publié dans la Revue Studia Monastica  n. 57-2- 2015, pp. 343-356

Soeur Marie-Cécile MININ osb ap
 

La fécondité cachée d’un petit livre :
Le Véritable esprit des Religieuses adoratrices perpétuelles
du Très Saint-Sacrement de l’Autel,

au cours des siècles

Le Véritable esprit des Religieuses adoratrices perpétuelles du Très Saint-Sacrement de l’Autel [1]est un petit recueil de textes de Mère Mectilde de Bar [2] (1614-1698). Au XVIIème siècle, cette publication a connu trois éditions, chaque fois amplifiées. La première édition en dix chapitres date de janvier 1683 et a été faite, aussi étonnant que cela puisse paraitre, à l’insu de Mère Mectilde, comme elle le révèle elle-même dans une lettre à une carmélite du 5 février 1683 [3]. La seconde édition en seize chapitres a lieu en 1684. Enfin la troisième édition, en dix-neuf chapitres, voit le jour entre 1684 et 1689. Cette 3ème édition se situe au moment où sont en préparation la fondation d’un second monastère à Paris et l’agrégation du monastère de Notre Dame de Bon Secours de Caen (1685), la fondation du monastère de Châtillon sur Loing et celle du monastère de Varsovie en Pologne (1688), non moins que la tentative d’agrégation des bénédictines de Notre-Dame de Liesse.

Le Véritable esprit, moins encombrant et plus maniable que les manuscrits, arrive donc au moment opportun et devient ainsi un instrument précieux de formation.

Suivre l’itinéraire de ce petit livre après 1689, tel est l’objectif de notre recherche. Trois grands axes retiendront plus particulièrement notre attention. En premier lieu nous mettrons en parallèle la 3ème édition du Véritable esprit et les éditons françaises du XIXème siècle. En deuxième lieu nous ferons la confrontation entre cette 3ème édition et les éditions en allemand du XIXème siècle. En troisième lieu, nous nous interrogerons sur la place actuelle de Le Véritable esprit chez les bénédictines du Saint-Sacrement.

I – Le Véritable esprit et les éditions françaises du XIXème siècle

À la veille de la Révolution française, les monastères mectildiens, avec plus d’un siècle d’existence, forment des communautés florissantes. Si la communauté de Dreux compte seulement treize religieuses, toutes les autres oscillent entre vingt et trente huit membres [4].

Après la tempête révolutionnaire et la dispersion, la plupart des communautés parvient à se reconstituer d’abord discrètement, puis suite au Concordat de 1801, de manière plus visible. Tel est le cas des bénédictines du Saint-Sacrement de Rouen qui reprennent, en 1802, la vie monastique, rue bourg l’Abbé. Il en est de même à Paris, toujours en 1802, où, rue Neuve Sainte Geneviève, les moniales du monastère Saint-Louis au Marais se réunissent avec quelques survivantes des monastères de la rue Cassette, de Dreux et d’autres monastères supprimés, formant ainsi une communauté de dix-huit membres [5].

En 1806, les religieuses des communautés de Toul et de Nancy se regroupent d’abord à Toul, puis à Saint-Nicolas de Port. En 1808 c’est au tour des bénédictines de Caen de reprendre la vie en communauté.

Surgissent aussi de nouvelles fondations. Ainsi à Savy, en 1814, un monastère est fondé par une moniale de Rouen. Transféré à Arras, ce monastère connaîtra un développement prodigieux, comptant plus de quatre-vingt religieuses, jusqu’aux lois spoliatrices de 1904 qui entraînera l’exil de la communauté en Écosse, à Dumfries, exil qui sera suivi d’une refondation à Tourcoing en 1921 par une partie de la communauté.

En 1817, une autre fondation est entreprise à Paris par la princesse Adélaïde de Bourbon Condé, en religion Mère Marie-Joseph de la Miséricorde (1757-1824), moniale française professe du monastère de Varsovie. Il s’agit du monastère Saint-Louis-du-Temple.

À Toulouse, à Notre Dame d’Orient (diocèse de Rodez), et à Craon (diocèse de Laval) prennent corps de nouvelles communautés mectildiennes. Par la suite, la communauté de Toulouse sera transférée à Mas-Grenier en 1921.

L’essor du monastère Saint Nicolas de Port est si remarquable qu’en 1854 cette communauté est en mesure d’essaimer à Trèves, en Allemagne. De Trèves, en 1862 part un nouvel essaim pour l’Alsace afin de répondre à la demande d’une fondation à Rosheim.

C’est de plus à la communauté de Saint Nicolas de Port que s’adresse l’abbé Joseph Louis Faller, chargé de la paroisse de Saint Cosme à Bellemagny (Alsace), fondateur d’une communauté de religieuses adoratrices et désireux d’y introduire en partie le charisme mectildien. Plusieurs religieuses de Bellemagny iront ainsi se former à Saint Nicolas de Port, sans cependant faire partie de l’Institut fondé par Mère Mectilde [6].

Avec l’afflux des vocations, repartir sur des bases solides est la garantie pour construire le futur. Ainsi, après « la Révolution certains monastères ont voulu éditer des textes encore laissés manuscrits ou rééditer des ouvrages propres à la vie monastique de l’Institut » [7]. C’est le cas de Le Véritable esprit qui connait sur la base de la 3ème édition une première réimpression à Chartres en 1803, tandis qu’une autre réimpression est faite à Paris en 1817, sur la base de la 2ème édition [8].

En 1853, la Prieure des bénédictines du Saint-Sacrement, rue Neuve-Sainte-Geneviève, à Paris, fait de nouveau imprimer la 3ème édition de Le Véritable esprit à l’occasion du 2ème centenaire de la fondation du premier monastère. En 1864, cet ouvrage fait l’objet d’une nouvelle réimpression, avec mention de l’approbation du 26 juillet 1853.

Le Véritable esprit, on le voit, telle une source vivifiante est un point de référence pour les communautés mectildiennes.

Au seuil du XXème siècle, en 1900, dans le sillage du deuxième centenaire de la mort de Mère Mectilde de Bar, a lieu une nouvelle impression, en vue de laquelle, le 25 mai 1899, le Cardinal Richard, archevêque de Paris a donné l’imprimatur. Cette édition contient elle aussi, comme les deux précédentes (1853 et 1864), l’approbation du 26 juillet 1853. Mais elle comporte cependant, à la différence des précédentes, quelques modifications. D’une part, elle est composée de vingt chapitres au lieu de dix-neuf, suite à la numérotation de l’avant dernier chapitre De l’amour du mépris. D’autre part, des modifications ont été apportées aux chapitres 7, 15 et 18. Nous reprenons maintenant ces chapitres l’un après l’autre.

A – Le chapitre 7 du Véritable esprit

La première modification est située au chapitre 7 intitulé De la sainte Communion en général. Le texte original de la 3ème édition est le suivant :

« Il faut donc qu’elles s’abandonnent simplement, et quand la tempête est si violente, que tout est renversé et perdu, il faut trouver son repos dans sa propre perte. Quoi! dans l’enfer, car je me damne ? Oui dans l’enfer ; il faut croire que Dieu fait justice, et vous lier à ses intérêts, laissant mourir les vôtres qui ne peuvent souffrir une séparation éternelle de Dieu, non par le pur amour que vous lui portez, mais par l’instinct secret de votre amour-propre. Abandonnez-vous donc au bon plaisir de Dieu, soit de justice ou de miséricorde ; car tant que l’âme n’est pas dans cet abandon sacré, elle ne fait nul progrès, et ne remplit point le dessein de Jésus-Christ sur sa purgation intérieure ».

Lors de l’édition de 1900, la partie : « Quoi ! dans l’enfer ---- purgation intérieure » a été omise et le nouveau texte se termine par le mot « peine » substitué à celui de « perte ». Le texte, raccourci, devient donc dans l’édition de 1900 :

« Il faut donc qu’elles s’abandonnent simplement, et quand la tempête est si violente, que tout est renversé et perdu, il faut trouver son repos dans sa propre peine » [9].

C’est donc un texte tronqué et modifié qui a été publié et on a ici l’exemple de cette « volonté d’adapter [qui] a parfois prévalu, au dix-neuvième siècle notamment, ce qui du coup fausse la perspective » [10].

B – Le chapitre 15 du Véritable esprit

La seconde modification apparaît au chapitre 15 intitulé Du règne de Jésus-Christ. Nous reproduisons ci-dessous la partie concernée :

« Dieu demande un règne absolu sur les âmes ; mais il s’en trouve peu qui y correspondent. Il consiste en un abandonnement de soi-même, et une pure dépendance de Dieu, avec une fidèle abnégation de soi-même, et mortification de tout ce qui peut faire obstacle au règne de Dieu sur l’âme, jusqu’à détruire la moindre imperfection. La plupart des personnes spirituelles, même des plus avancées, font un grand obstacle au règne de Dieu sur elles, par trop de curiosités de leur entendement ; lui donnant la liberté de rechercher les opérations de Dieu, de connaître les choses auxquelles elles doivent captiver leurs esprits, par soumission et anéantissement, en quoi Dieu se complait infiniment, redoublant le poids de ses grâces à ces âmes ».

Dans l’édition de 1900 [11], la fin du paragraphe – signalé en italique – a été omise.

C – Le chapitre 18 du Véritable esprit

Une modification a été effectuée au chapitre 18 intitulé Des rapports de l’âme à Jésus Hostie. Tel qu’il se présente dans la 3ème édition, le texte est le suivant :

« L’âme qui rend hommage à cet état, doit être dans un abandon continuel de toute elle-même, au plaisir de la divine Providence, qui fera d’elle, comme elle fait de Jésus, qu’elle laisse quelquefois manger des bêtes, tomber en terre, emporter par le vent, et mille autres sortes d’abandons ; qu’elle soit dévorée, foulée aux pieds, exaltée, ou méprisée, elle demeure dans une sainte indifférence, à toutes les dispositions, et les ordres de cette adorable Providence ».

Dans l’édition de 1900 [12] le texte devient :

« L’âme qui rend hommage à cet état, doit être dans un abandon continuel de toute elle-même, au plaisir de la divine Providence, qui fera d’elle, comme elle fait de Jésus, qu’elle laisse quelquefois tomber en terre, emporter par le vent, et mille autres sortes d’abandons ; qu’elle soit dévorée, foulée aux pieds, exaltée, ou méprisée, elle demeure dans une sainte indifférence, à toutes les dispositions, et à tous les ordres de cette adorable Providence ».

On constate dans l’édition de 1900 la disparition des mots « manger des bêtes », qui existent pourtant dans le texte source, c’est à dire ici La journée des Novices, ouvrage composé par le père Épiphane Louys, abbé prémontré d’Etival, pour les novices du monastère de la rue Cassette. Voici ce texte [13] :

« L’âme qui rend hommage à cet état, doit être dans un abandon continuel de toute elle-même, au bon plaisir de la Providence, qui fera d’elle comme de Jésus, qu’il laisse quelquefois manger des bêtes, tomber à terre, emporter des vents, et mille autres manière d’abandon ; qu’elle soit dévorée, foulée aux pieds, exaltée, ou méprisée, qu’elle demeure dans une sainte indifférence à toutes sortes de dispositions et évènements de cette sainte et adorable providence ».

La raison des modifications opérées lors de l’édition de 1900 semble liée à la diffusion de ce petit livre hors de l’Institut fondé par Mère Mectilde. En effet, l’édition de 1900 a pour objectif un public plus large puisque, comme on le lit sur la page de garde de cette édition, l’opuscule est en vente au monastère de Paris, 16 rue Tournefort. Les modifications ont donc pour but de rendre le texte plus accessible et de ne pas heurter la sensibilité du lecteur, en arrangeant le texte « au goût de l’époque et selon les besoins » [14]

II – La 3ème édition du Véritable esprit et les éditions en allemand du XIXème siècle

Non sans surprise l’on découvre qu’au XIXème siècle, Le Véritable esprit est connu, lu, apprécié et source féconde pour la vie spirituelle en Suisse et en Allemagne. En effet, la première édition du Véritable esprit en allemand a lieu en 1849, à Einsiedeln, en Suisse, et c’est à dom Claude Joseph Gustave Perrot, profès de l’abbaye bénédictine de Maria-Einsiedeln, qu’on le doit. Né le 14 mai 1803 à Neu-Breisach, cet alsacien entre à l’abbaye d’Einsiedeln où il fait profession le 27 octobre 1822 et est ordonné prêtre en 1827.

Ce moine bénédictin a aussi traduit en 1850, sous le titre Le Paradis de l’adoration perpétuelle [15] un écrit du Père Épiphane Louys adressé vers 1665 à Mère Mectilde sur demande de celle-ci. La traduction est amplifiée par une série de méditations divisées en chapitres.

Dom Claude Perrot est aussi l’auteur, toujours en 1850, d’un petit Manuel de l’Association de l’Adoration perpétuelle du Très Saint-Sacrement de l’Autel établie chez les Religieuses Bénédictines de Notre-Dame des Ermites, de huit pages, et de quelques autres ouvrages sur l’adoration perpétuelle.

Ainsi quelques écrits de Mère Mectilde ou concernant sa spiritualité circulent en Suisse et en Allemagne dans le but de donner une base solide à l’adoration et à la réparation eucharistiques.

A – Les cinq éditions allemandes entre 1849 et 1892

Comme nous l’avons vu, la première édition   du Véritable esprit en allemand date de 1849.

L’ouvrage de 402 pages a pour titre Mechtilden-Büchlein oder Geist der ewigen Anbetung des allerheiligsten Altarsakramentes zum Unterrichte und Gebrauch sowohl geistlicher als weltlicher Jungfrauen der ewigen Anbetung übersetz und mit der Lebensgeschichte der gottseligen Verfasserin und einem in dem Geist des heiligen Institutes möglichst eingehenden, reichhaltigen Andachtsteil versehen/Opuscule de Mechtilde ou Esprit de l’adoration perpétuelle du très Saint Sacrement pour l’enseignement et l’usage tant spirituel que temporel des jeunes femmes de l’adoration perpétuelle, traduit par dom Claude Perrot et accompagné de la biographie de la vénérable Institutrice et d’une méditation le plus possible détaillée et enrichie dans l’esprit de l’Institut mectildien [16].

Dans cet ouvrage, Le Véritable esprit est publié avec d’autres textes sur l’adoration du Saint-Sacrement. L’opuscule connait trois rééditions en 1852, 1856 et 1859, toujours à Einsiedeln.

Dom Claude Perrot, qui s’est dévoué à la cause de l’adoration perpétuelle, meurt le 9 octobre 1881. Après sa mort, il y a en 1892 une nouvelle édition, la cinquième, faite non plus en Suisse, mais à Dülmen en Allemagne. Or, près de Dulmen, exactement à Maria-Hamicolt une nouvelle fondation mectildienne a été entreprise l’année précédente, en juillet 1891 [17].

B – La description de la sixième édition allemande de 1898.

À l’occasion du deuxième centenaire de la mort de Mère Mectilde de Bar, en 1898 – année où, à la demande de l’évêque de Münster, la communauté de Maria-Hamicolt fonde un monastère à Vinnenberg [18] paraît, toujours à Dülmen, une sixième édition du Véritable esprit.

Le titre de l’ouvrage, légèrement modifié, est le suivant : Geist der ewigen Anbetung des allerheiligsten Altarsakramentes. Nach den Schriften der gottseligen Mechtildis vom heiligen Sacrament. Zum Unterrichte und Gebrauch sowohl geistlicher als weltlicher Jungfrauen der ewigen Anbetung/Esprit de l’adoration perpétuelle du très Saint Sacrement d’après les écrits de la vénérable Mechtilde du Saint-Sacrement. Pour l’enseignement et l’usage tant spirituel que temporel des jeunes femmes de l’adoration perpétuelle [19].

Il s’agit cette fois d’un livre de 366 pages, publié par dom Gabriel Meier, lui aussi Profès de l’abbaye de Maria-Einsiedeln et fils spirituel de dom Claude Perrot [20].

L’ouvrage est divisé en quatre parties. Aux pages 1 à 38 il y a un Avant propos, une introduction sur l’adoration perpétuelle et une petite biographie de Mère Mectilde.

Dans la deuxième partie, aux pages 39 à 171, se trouve le texte du Véritable esprit.

La troisième partie, aux pages 172 à 210, contient une méditation intitulée « Imitation de Jésus dans le Très-Saint-Sacrement de l’autel » [21], de la princesse Adélaïde de Bourbon Condé, Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, la fondatrice en 1817 du monastère parisien de Saint-Louis du Temple. Comme cela est signalé par le traducteur, le texte a été modifié et adapté. Dans l’introduction à cette méditation, Mère Marie-Joseph de la Miséricorde relate qu’en méditant sur Le Véritable esprit elle a été « frappée, entre autres choses, de l’obligation… d’imiter Jésus au Très Saint-Sacrement quand on a le bonheur, par sa sainte profession, d’être ses filles » [22].

Enfin en quatrième partie, aux pages 211 à 366, on trouve des Exercices de méditation en l’honneur et pour l’adoration du très saint Sacrement. Ont été rassemblées des prières pour la vie chrétienne, heure sainte, litanies, chemin de croix, prières à la Vierge Marie, prières à saint Benoît, dévotions diverses, à l’usage des personnes engagées dans l’œuvre de l’Adoration Perpétuelle.

C – Le contenu des chapitres du Véritable esprit dans les éditions en allemand

Dans cette sixième édition, le texte du Véritable esprit, identique d’ailleurs aux cinq versions antérieures, est divisé en dix-neuf chapitres. Par rapport à la 3ème édition de 1690, plusieurs modifications, parfois très substantielles, ont été introduites dès 1849.

En premier lieu, à la fin du chapitre 11, le texte original est le suivant : « Vos sens sont encore vivants, non par la grâce de Dieu, d’une vie qui les porte à pécher, mais ils sont encore vivants de leur propre vie. Je ne sais si l’on m’entend. ». Dans la traduction la fin du paragraphe « Je ne sais si l’on m’entend » a été modifiée [23].

Ensuite, au chapitre 12. Dieu tient l’âme dans la mort, avant que de lui donner sa vie divine le contenu de ce chapitre a été omis et substitué par celui du chapitre 13, ce qui crée un décalage dans la numérotation des chapitres. Ainsi le chap. 12 (1898) correspond au chap. 13 (1690) et ainsi de suite.

Il faut mentionner aussi le chapitre 18 Des rapports de l’âme à Jésus Hostie qui a été subdivisé en 23 états de Jésus au lieu des 24 de la 3ème édition. En effet, le paragraphe 12 Jésus abandonné à la Providence dans l’Hostie a été omis et substitué par le chapitre 13, ce qui crée là aussi un décalage dans la numérotation. Ainsi le paragraphe 12 du chapitre 18 (1898 [p.159]) correspond au paragraphe 13 du chapitre 18 (1690) et ainsi de suite.

Enfin, l’avant-dernier chapitre De l’amour du mépris a été intégré dans la numérotation.

Ainsi, tout comme pour l’édition française du Véritable esprit de 1900, les éditions publiées en allemand au cours du XIXème siècle ont été l’objet de modifications, en fonction semble t’il des destinataires. Ce sont ces éditions – sans le chapitre 12 – qui ont été en usage dans les monastères fondés en Allemagne.

Cette ample diffusion du Véritable esprit dans les milieux associatifs et religieux d’abord en Suisse puis en Allemagne, est un beau témoignage de l’intérêt porté à la spiritualité mectildienne au cours du XIXème siècle.

III – La place actuelle du Véritable esprit dans l’Institut mectildien

Tel le phœnix, Le Véritable esprit renait de ses cendres à chaque changement culturel important. En France, après les trois premières éditions faites du vivant de Mère Mectilde, il se passe plus d’un siècle avant la 4ème édition de 1803, après à la tempête révolutionnaire. De 1803 à 1900, quatre autres éditions sont réalisées [24]. Celle de 1900 a été l’unique publiée en français au XXème siècle et continue à l’être à ce jour dans l’attente de l’édition des Œuvres complètes des Écrits de Mère Mectilde de Bar.

La première édition anglaise The True Spirit of the Sisters of the Perpetual Adoration of the Blessed Sacrament of the Altar, est l’œuvre d’une moniale de Dumfries (Écosse), d’origine irlandaise, entrée à Arras et envoyée en 1884 à la nouvelle fondation écossaise.

En 1934, voit le jour l’édition italienne Il vero spirito delle Religiose Adoratrici Perpetue del SS. Sacramento traduit par sœur Paola Montrezza, moniale de Ghiffa [25].

A – La redécouverte de Le Véritable esprit au XXème siècle

En 1956, la Sacrée Congrégation des Religieux « constitue des Fédérations distinctes pour les monastères de France, d’Allemagne, d’Italie, de Hollande-Belgique et les érige en Confédération des Moniales de l’Ordre de St Benoît de l’Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement ». En 1962 une sixième fédération est érigée en Pologne. Chaque monastère est associé à la Confédération bénédictine.

À partir de 1959, une équipe internationale de moniales provenant de plusieurs monastères situés en France, Italie, Ecosse, est constituée. Elles se retrouvent régulièrement à Paris, au monastère de la rue Tournefort, où, à l’époque, sont conservés un grand nombre d’archives et créent un Fichier Central des Écrits de Mère Mectilde [26].

On doit à l’une d’entre-elles, Mère Marie-Véronique Andral (1923-2001), le regain d’intérêt manifesté pour Le Véritable esprit. En effet, à partir des années soixante, grâce à un long et patient travail de recherche effectué à partir des sources manuscrites répertoriées dans le Fichier central des Écrits mectildien, Mère Marie-Véronique Andral a pu reconstituer les différentes phases qui ont porté à la publication des trois premières éditions. « Aveva scoperto che il contenuto materiale del ‘Libretto’ è quello di un’antologia di testi mectildiani (con una o forse due eccezioni, diceva lei), dall’origine diversa – scritti durante un ritiro in solitudine, predicazione alle monache, lettere – […]. L’Andral aveva segnalato, accumulando note su note, le varianti dell’opera e in particolare la riscrittura del capitolo secondo » [27].

À partir des années soixante-dix, les traductions se succèdent. En 1975, les moniales du monastère de Bréda (Pays-Bas) font une édition anglaise, copie de celle de 1884 destinée à leur fondation de Tororo en Ouganda [28].

Toujours en 1975, le texte est publié en néerlandais : De Ware Geest van de Zusters van de Altijddurende Aanbidding van het Allerheiligste Sacrament van het Altaar, par le père Penning de Vries SJ pour le monastère de Tegelen [29] Il est réédité en 1989.

B – Le regain d’intéret pour Le Véritable esprit depuis 1998

En 1998, lors de la commémoration du Tricentenaire de la mort de Mère Mectilde de Bar, dom Joël Letellier [30], moine bénédictin et Postulateur de la Cause de Béatification de Mère Mectidle de Bar, donne lors de l’assemblée confédérale tenue à Paris une conférence intitulée : Pour un approfondissement du traité du « Véritable Esprit » de Mère Mectilde (Catherine de Bar, 1614-1698). La conférence est reprise l’année suivante en juin 1999 lors des journées d’études (Sur les pas de Mère Mectilde) organisées à Paris pour les jeunes bénédictines du Saint-Sacrement des fédérations françaises et allemandes.

À cette occasion, le texte français édité en 1900 a été saisi sur ordinateur et pour une meilleure utilisation, subdivisé en versets.

En 2009, Le Véritable esprit, sur la base de la 3ème édition, avec la subdivision en versets, a été publié en italien, par Annamaria Valli OSB ap sous le titre Il segreto di Mectilde de Bar, Il Vero Spirito delle Religiose Adoratrici del Santissimo Sacramento [1684-1689]. Deux ans après, en 2011, la publication de son travail de recherche sur les différentes phases de l’évolution des trois premières éditions, sous le titre Il Libretto di Catherine Mectilde de Bar per le sue benedettine permet de décrypter un langage marqué par son temps.

En 2010, les bénédictines du Saint-Sacrement de Cologne offre dans la série Recherchen une nouvelle traduction en allemand de Le Véritable esprit. Cette fois, il s’agit du texte complet de la 3ème édition, présenté dans un allemand moderne, et subdivisé en versets. Dans l’introduction, on peut lire : « chaque Tradition a toujours de nouveau besoin d’une bonne traduction et d’une explication et assimilation personnelles » [31].

En cette même année 2010, toujours dans la série Recherchen des bénédictines de Cologne, on peut découvrir la nouvelle traduction anglaise de Le Véritable esprit, sous le titre The true spirit, destinée aux monastères de Tororo et Arua, en Ouganda [32].

Enfin, plusieurs initiatives en France, Allemagne et Italie ont permis d’approfondir le Véritable esprit soit lors de rencontres communautaires (Italie, Allemagne), soit lors de rencontres intercommunautaires, comme ce fut le cas au monastère de Rosheim en 2011.

 

********************

 

Comme ce survol historique le démontre, lors de certains moments délicats ou privilégiés, par exemple en 1803, après le concordat entre la France et le Saint-Siège ; en 1853, à l’occasion du deuxième centenaire de la fondation de l’Institut mectildien ; en 1898 et 1998, lors du deuxième et du troisième centenaire de la mort de Mère Mectilde de Bar, c’est autour de Le Véritable esprit que se concentre l’attention des communautés monastiques mectildiennes lorsqu’elles veulent puiser à la source directe la plus accessible de l’enseignement de Mère Mectilde du Saint-Sacrement, Catherine de Bar.

Il appartiendra donc toujours à chaque génération de décrypter, dans un esprit de continuité, le message transmis par Le Véritable esprit, d’en goûter toute la saveur et d’en apprécier la solidité doctrinale non moins que l’actualité. Pour cela Le Véritable esprit des Religieuses adoratrices perpétuelles du Très Saint-Sacrement de l’Autel reste plus que jamais une authentique source de fécondité pour les bénédictines du Saint-Sacrement.


 

[1] Le Véritable esprit des Religieuses adoratrices perpétuelles du Très Saint-Sacrement de l’Autel, Paris, 3ème édition. Tr. It. Il segreto di Mectilde de Bar, Il vero spirito delle religiose adoratrici perpetue del Santissimo Sacramento [1684-1689], Introduzione, traduzione e note a cura di Annamaria Valli, Glossa Milano 2009, LX- 185 pagine. Les éditions de 1683 et 1684 sont téléchargeables à partir du site officiel www.mectilde.net.

[2] Mère Mectilde de Bar (1614-1698) est la fondatrice, à Paris en 1653, des bénédictines du Saint-Sacrement. Nous renvoyons aux deux biographies publiées en 2013 et 2014. Cf. Yves Poutet, Catherine de Bar (1614-1698) Mère Mectilde du Saint Sacrement, Parole et Silence, Paris 2013, 977 pages ; Marie-Cécile Minin, Sette ostensori per un regno, Catherine Mectilde de Bar (1614-1698). La Benedettina dell'Eucaristia, San Paolo ed. Cinisello Balsamo Milan 2014, 360 pages.

[3] Annamaria Valli, Il Libretto di Catherine Mectilde de Bar per le sue benedettine, Le Véritable esprit des Religieuses adoratrices perpétuelles du Très Saint-Sacrement de l’Autel (1684-1689), Dissertatio, series mediolenensis, 20, Glossa Milano, 2011, XXIII-318 pages, pp.20-21.

[4] Cf. Sœurs Archivistes de Rouen, La dispersion de la Révolution, in Catherine de Bar, Une âme offerte à Dieu en Saint-Benoît, Collectif, Téqui, 1998, pp. 235- 266.

[5] Cf.  J. Rabory, La vie de Louise de Bourbon, Princesse de Condé, Fondatrice du monastère du Temple, Solesmes, 1888 : « Quelques notes relatives à plusieurs passages de la vie de madame de Condé, 1888 », encart situé entre les pages 352 et 353.

[6] Cf. Friedrich Verena, Die Benediktinerinnen der Anbetung von Bellemagny, Kunsterverlag Peda – Passau, 2001, pp. 17 et 42.

[7] Dom Joël Letellier o.s.b., Comme un encens devant la face du Seigneur, in Catherine de Bar, Une âme offerte à Dieu en Saint-Benoît, Collectif, Téqui, 1998, p. 26.

[8] Cf. Annamaria Valli, Il Libretto…o. c., pp. 295-296.

[9] Le Véritable esprit des Religieuses adoratrices perpétuelles du Très Saint-Sacrement de l’Autel, Paris 1900, p. 113.

[10] Dom Joël Letellier, Comme un encens devant la face du Seigneur, o. c., p. 23.

[11] Le Véritable esprit, o. c., 1900, p. 191.

[12] Le Véritable esprit, o. c., 1900, p. 219.

[13] La journée des Novices qui prétendent s’offrir en qualité de Victimes sacrées du Fils de Dieu en la Congrégation de l’adoration perpétuelle du très saint Sacrement de l’Autel par le Père Épiphane Louys, Abbé d’Étival, Nancy, 1671, p. 149, état n° 6.

[14] Dom Joël Letellier, Comme un encens devant la face du Seigneur, o. c., p. 26.

[15] Das Paradies der Ewigen Anbetung. Le texte existe aussi dans une traduction italienne sous le titre: Il Paradiso dell’adorazione perpetua. Cf. Archivio Monastico di Ghiffa, 4.2.1.

[16] Mechtilden-Büchlein oder Geist der ewigen Anbetung des allerheiligsten Altarsakramentes zum Unterrichte und Gebrauch sowohl geistlicher als weltlicher Jungfrauen der ewigen Anbetung übersetz und mit der Lebensgeschichte der gottseligen Verfasserin und einem in dem Geist des heiligen Institutes möglichst eingehenden, reichhaltigen Andachtsteil versehen von P. Claudius Perrot, Einsiedeln, Benziger, 1849, cf. Bibliographia Mechtildiana. Verzeichnis der gedruckten Schriften von und über Mechtilde de Bar und die Benediktinerinnen vom Heiligsten Sakrament, a c. di Marcel Albert OSB und Ursula Wahle OSB, Köln 2001, n° 70, 72, 74 et 84 et Il segreto di Mectilde de Bar, pp. LII et LIII.

[17] Cf. Dom Charvin, L’Institut des Bénédictines de l’adoration perpétuelle du Saint Sacrement des origines à nos jours (1652-1952) in Priez sans cesse, 300 ans de prière, Desclée de Brouwer, Paris, 1953, p. 144.

[18] Cf. Dom Charvin, L’Institut des Bénédictines de l’adoration perpétuelle, o. c., p. 144.

[19] Geist der ewigen Anbetung des allerheiligsten Altarsakramentes. Nach den Schriften der gottseligen Mechtildis vom heiligen Sacrament. Zum Unterrichte und Gebrauch sowohl geistlicher als weltlicher Jungfrauen der ewigen Anbetung, Sechste Ausgabe, Gabriel Meier, Capitular von Maria-Einsiedeln, Dülmen, 1898, cf. Bibliographia Mechtildiana o. c., n° 143 et Il segreto di Mectilde de Bar, o. c., p. LIII.

[20] Toutefois selon nos recherches dans les Archives de Einsiedeln publiées sur le site de cette abbaye, n’apparait aucune fiche identificatrice à ce nom pour un moine profès.

[21] Cf. Œuvres de son Altesse Sérénissime Madame la Princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé dite en religion la Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde, tome troisième, Paris, chez Dufour et Ce, Editeurs, 1843, pp.362 et suivantes. Je remercie sœur Ursula Wahle de Köln-Raderberg pour les informations transmises sur l’édition allemande de 1856 et sœur Marie-Christine Gillier archiviste de l’abbaye Saint-Louis-du-Temple de Limon pour les informations sur les Œuvres de la Révérende Mère Marie-Joseph de la Miséricorde.

[22] Œuvres de son Altesse Sérénissime, o. c., p. 362.

[23] Cf. Geist der ewigen Anbetung des allerheiligsten Altarsakramentes. Nach den Schriften der gottseligen Mechtildis vom heiligen Sacrament. Zum Unterrichte und Gebrauch sowohl geistlicher als weltlicher Jungfrauen der ewigen Anbetung, Sechste Ausgabe, Gabriel Meier, Capitular vin Maria-Einsiedeln, Dülmen, 1898, p. 133. Cf. Archivio Monastico di Ghiffa, 6.5.10.

[24] Cf. Annamaria Valli, Il Libretto…o. c., pp. 295-296.

[25] Il vero spirito delle Religiose Adoratrici Perpetue del SS. Sacramento, Ronco di Ghiffa, 1934.

[26] Le Fichier Central des Écrits de Mère Mectilde de Bar est téléchargeable à partir du site officiel www.mectilde.net.

[27] Annamaria Valli, Il Libretto …o. c., pp. XIII e XIV.

[28] Mechtilde de Bar, Mechtildis of the Blessed Sacrament (Catherine de Bar), The True Spirit of the Sisters of the Perpetual Adoration of the Blessed Sacrament of the Altar, (Breda, 1975), 103 pages.

[29]Mechtildis van het Heilig Sakrament (Catherine de Bar), De Ware Geest van de Zusters van de Altijddurende Aanbidding van het Allerheiligste Sacrament van het Altaar, en Het paradijs van de eeuwigdurende aanbidding, vertaald door Dr. P. Penning de Vries SJ, Tegelen: Priorij Nazaret, 1975, 296 pages.

[30] Dom Joël Letellier est aussi coordinateur pour l’édition complète des Écrits de Mère Mectilde de Bar et co-directeur de la collection Mectildiana pour les Éditions Parole et Silence. Cette collection regroupe, en trois séries, un ensemble de textes relatifs à Mère Mectilde de Bar et à son entourage. La série des « Œuvres complètes » présente les Écrits de Mère Mectilde, la série des « Études et documents » est consacrée à des études se rapportant au contexte mectildien. Enfin la série des « Œillades » est destinée à faire connaître par des choix de textes la spiritualité mectildienne.

[31] Der wahre Geist der ewigen Anbetung des Allerheiligsten Sakramentes des Altares, Recherchen XXVIII, Köln 2010, p. 6.

[32] The true spirit, Recherchen XXIX, Köln 2010, 119 pages. Le monastère de Tororo qui avait dû se détacher de l’Institut au cours des années soixante-dix, à cause de la situation politique locale, a souhaité en 1998 réintégrer l’Institut. Le monastère d’Arua est en phase d’agrégation à l’Institut.